Lire Annie Ernaux pour la première fois

Honte sur moi, commencer à lire Annie Ernaux pour la première fois de ma vie, en 2022. Bien sûr je n’étais pas passée à côté de l’actu prix Nobel de la littérature 2022 , ni de la ruée générale en librairie. Quelque chose en moi se disait que c’était un peu gros de commencer à vouloir lire Annie Ernaux juste parqu’elle était subitement dans la lumière. Un peu hypocrite je trouvais. J’ai laissé brûler.

Puis ça faisait longtemps que je n’avais pas poussé la porte de ma librairie préférée – Les Racontars à Saint-Lô – et au hasard d’un peu de temps devant moi, l’étagère Annie Ernaux s’est imposée à mon regard dès en poussant la porte. Il faut dire que cette étagère est pile à ma hauteur, que je suis petite, donc ce n’était pas difficile de tomber dessus. J’ai pris le premier livre, qui est aussi le dernier. Le jeune homme (Gallimard). J’ai lu l’épigraphe, j’ai été happée.

« Si je ne les écris pas, les choses ne sont pas allées jusqu’à leur terme, elles ont été seulement vécues. »

Parce que écriture et lecture vont souvent de paire et que certains auteurs ont tendance à m’inspirer, autant pour animer des ateliers d’écriture que pour écrire, j’ai pensé partager avec toi, ce que j’ai ressenti en lisant Annie Ernaux.

La langue d’Annie Ernaux : accessible et efficace

Annie Ernaux Le jeune homme

Oui tout est dit dans le titre. Lire Annie Ernaux c’est fluide, facile : cela coule parce que la langue est accessible, non alambiquée, les phrases sont courtes et efficaces. Presque minimaliste. Je suis sensible à cette manière d’exprimer des idées simplement, de les mettre à la portée de tous et de ne pas s’encombrer de fioritures. Je crois que ce parti-pris d’un style littéraire épuré, contribue véritablement à transmettre une réalité d’autant plus puissante.

« Les dimanches après-midi où il bruinait, nous restions sous la couette, finissant par nous rendormir ou somnoler. De la rue silencieuse s’élevaient les voix de rares passants. »

« Nous restions couchés sur le matelas posé à même le sol. Le trafic était intense à cette heure-là. »

Le jeune homme d’Annie Ernaux

Dans ce livre très court aux éditions Gallimard (38 pages), Annie Ernaux raconte une relation amoureuse courte, avec un étudiant âgé de 30 ans de moins qu’elle. C’est une expérience qui la ramène à sa jeunesse, bien qu’elle n’ait pas forcément l’air de se sentir en décalage avec le jeune homme (la plume d’Annie Ernaux ne dit guère les émotions qui la traversent). Ils semblent s’être bien trouvés et profiter d’être ensemble.

« Progressivement l’aventure était devenue une histoire que nous avions envie de mener jusqu’au bout, sans bien savoir ce que cela signifiait. »

« Souvent j’ai fait l’amour pour m’obliger à écrire. »

…parce qu’il n’y a pas de jouissance plus forte que celle de terminer l’écriture d’un livre d’après elle. Cette histoire avec l’étudiant, déclenche l’envie d’écrire sur l’avortement clandestin qu’elle a elle-même vécu en 1963.

Attention spoil : en parvenant à boucler son livre sur l’IVG, Annie Ernaud se détache de son amant étudiant. Le livre est achevé. C’est la rupture. [ndlr. Il s’agit du livre L’événement (2000, Gallimard)].

Touchée par cette première fois avec Annie Ernaux

J’admire les auteurs qui s’exposent dans des livres autobiographiques. Annie Ernaux évoque deux sujets touchy dans Le jeune homme. Etre une femme mûre libérée et avoir une relation amoureuse avec un homme beaucoup plus jeune; et l’avortement clandestin dans les années 60 avant la loi Veil du 17 janvier 1975.

Quand Annie Ernaux explique en entrée de livre qu’elle a besoin de mettre des experiences dans ses livres pour y donner un terme, je suis véritablement transpercée. C’est exactement ce que j’ai ressenti en écrivant La cabane.

Je ne sais pas si ce livre était le bon choix pour rencontrer cette auteure. Néanmoins j’ai apprécié passer un court instant avec elle et j’ai envie d’en lire plus désormais. Par ses choix de sujets réalistes et de société; et cette langue si singulière, Annie Ernaux marque la littérature contemporaine et l’histoire de la littérature. A l’heure où en France, on semble avancer sur la question de l’IVG, je serai contente de lire d’autres ouvrages d’Annie Ernaux.

Et toi ? As-tu déjà lu Annie Ernaux ?

2 commentaires sur « Lire Annie Ernaux pour la première fois »

  1. J’ai toujours regardé ses rares passages à la télé car l’écouter est très intéressant. Moi, je suis allée à Coutances chercher le cahier de l’herne qui lui est consacré avec des extraits de son journal. En décembre, je vais commencer par une de ses publications.

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